vendredi 12 septembre 2014

Blog au repos

L'actualité ukrainienne et ma vie privée occupent mon temps actuellement. Je n'ai pas l'esprit à préparer un article rimbaldien en ce moment.
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L'actualité ukrainienne n'est toutefois pas hors-sujet sur ce blog.
Victor Hugo avait une conception de l'Europe et Arthur Rimbaud était communard (je précise distinguer foncièrement la Commune du marxisme, du socialisme moderne et du communisme).
Les gens se sont habitués à se sentir protégés par l'Otan ou du côté de l'Otan. Les temps ont pourtant changé et l'Otan est devenu un danger. Communisme et soviétisme ont été balayés. Et le communisme agricole, et le communisme industriel se sont effondrés, et les versions idéalisées du genre des sandinistes n'ont pas tenu non plus. Pour alimenter l'idée de guerre froide en reprise, les journalistes pratiquent des amalgames tendancieux. L'URSS et la Russie, qui n'en était qu'une partie avec l'Ukraine, ne sont pas des entités qu'on peut confondre. Le soviétisme finissant était clairement sur la défensive, face à un Otan plus agressif, et cela vaut aujourd'hui. La Russie ne saurait s'offrir le luxe de visées impériales. C'est bien l'Otan qui s'installe aux frontières de la Russie.
Que peut-on reprocher à Poutine ? Il a soutenu un parti en Ukraine plus favorable à ses intérêts, mais l'Otan fait pareil. L'Otan ne devrait reprocher que des choses qui ne sont pas substituables à d'autres. Il fournit des armes aux insurgés, mais l'Otan fait là encore pareil, alors qu'il n'a même pas l'argument d'une continuité ethnique comme l'ont les russes. Pour camoufler son aide matérielle, l'Otan s'appuie sur le reliquat d'armes soviétiques dans les pays d'Europe de l'est intégrés à l'Union européenne. Poutine a laissé des troupes partir en Ukraine. Toujours est-il que l'OSCE, dont la principale fonction est de garantir la paix et la stabilité entre la Russie et le reste de l'Europe, n'a pas constaté d'ingérence russe, alors même qu'il est constitué d'individus venant de pays neutres ou membres de l'Otan (Suisse, Norvège, etc.). On peut toujours envisager que l'OSCE n'engage sa parole que pour ce qu'il peut voir à ses pieds, sous ses yeux. On peut toujours envisager que l'OSCE n'a pas vu... Il reste que les soutiens mêmes de l'Otan ont évalué cette présence à pas plus de 3000 soldats. Les médias ont essayé de présenter cela comme une invasion russe pure et simple, mais ce dosage très habile, sans aucun doute tactique, a fait que l'Otan n'a pas pu s'en servir comme argument décisif. Cela a éclipsé en tout cas la réalité sur le terrain. Une partie de la population à l'est de l'Ukraine est insurgée, ce sont bien des insurgés qui se battent massivement. On reproche à Poutine de déstabiliser le pays, mais ce n'est pas Poutine qui a renversé le gouvernement élu, le comportement de Poutine n'est aussi que la conséquence de la politique agressive de l'Otan et de celle scandaleuse du gouvernement de Kiev. Il faudrait aussi mettre en balance le massacre exprès de quantité de civils par l'armée ukrainienne, avec la bénédiction de l'Otan. Qui veut faire passer pour une décision innocente le fait de faire rentrer l'Ukraine dans l'Otan, ou bien le fait de soutenir un gouvernement qui en prenant le pouvoir a enlevé le statut de langue officielle du russe dans certaines régions ?
Autre reproche de l'occident, Poutine a aussi permis à la Crimée de réintégrer la Russie avec un très fort assentiment de la population concernée, et historiquement il n'y a rien à redire au fait que la Crimée a vocation à faire partie de la Russie et non de l'Ukraine. C'est au nom de conceptions arides du droit positif que l'Otan veut contester le référendum, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et l'existence de mécanismes qui échappent à la logique formaliste, paresseuse et non désintéressée de spécialistes du droit du genre du Brid'oison de Beaumarchais ("la fo-o-orme"). Le Donbass n'a jamais été ukrainien au plan ethnique et la réalité de la novorossie est appelée à grandir.

L'Ukraine est un pays inventé en 1917 qui, en s'en tenant à de grandes lignes simplificatrices, réunit une partie proprement ukrainienne avec le cas particulier de la Galicie et une partie plus spécifiquement russe, puis l'Ukraine s'est encore enrichie d'un territoire russe : la Crimée. Il faut bien mesurer que le contenu du territoire ukrainien est lié à un conditionnement soviétique. Si les européens et américains ne voulaient pas que cela devienne caduc, il fallait éviter de dresser une communauté contre un autre. C'est un problème de bon sens.
Plusieurs limites ont été franchies. La guerre contre les insurgés a été déclarée par Yatseniouk alors qu'il n'était même pas encore premier ministre. Porochenko a maintenu ce bras de fer de la guerre civile.
Il aurait fallu transiger immédiatement, cela n'a pas été fait.

Dans cette guerre, nous sommes parvenus à un cessez-le-feu. Porochenko a essayé de faire croire qu'il avait été négocié avec la Russie, mais la réalité est tout autre. Le cessez-le-feu ne peut que se faire entre les belligérants et il faut être deux pour un cessez-le-feu. Porochenko a apporté aux novorossiens un projet de cessez-le-feu sur les conseils de Poutine.
Ce cessez-le-feu a l'air de prendre à contre-pied le cours des événements. La contre-offensive des novorossiens était victorieuse, la ville de Marioupol allait être reprise, l'armée ukrainienne allait au désastre. Mais il ne faut oas considérer que le cours des événements allait s'enchaîner de manière aussi simple. La stratégie d'encerclement de l'ennemi par les novorossiens allait être de moins en moins applicable avec l'extension du territoire reconquis et les actions isolées dans la contre-offensive risquait de s'éparpiller en se mettant cette fois à la merci d'une armée ukrainienne peu compétente, mais fournie malgré tout en soldats comme en matériel. La puissance allait pouvoir faire fi du mérite tactique des insurgés.
Aucune trahison ainsi que le pense le poète Mozgovoi, ce cessez-le-feu permet de calmer le jeu des novorossiens, et d'éviter plus de morts des deux côtés, mais aussi il ne s'agit que d'une trêve. Les négociations sont vouées à l'échec, et ce qui devrait se créer c'est un glacis, un glacis suffisant pour empêcher l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan. Les associations préparant l'adhésion à l'Union européenne ne sont bien sûr que symboliques. Il s'agit aussi d'empêcher une réaction de l'Otan consistant à accorder leur indépendance aux deux oblasts pour éloigner définitivement le reste de l'Ukraine de la Russie. J'ignore si tactiquement les américains et le gouvernement de Kiev ont pour l'instant les moyens de contourner la difficulté et de se séparer de la partie belligérante, mais on voit qu'ils veulent à tout prix des richesses du Donbass. Cette gourmandise devrait perdre l'Ukraine qui a déjà gaspillé l'argent prêté, qui ne pourra pas le rembourser, qui connaîtra la cessation de paiement, l'effondrement de sa monnaie, une Ukraine où les jeunes enrôlés de force par les nazillons ne retrouveront pas les emplois qu'ils avaient avant le conflit pour nombre d'entre eux, une Ukraine qui va souffrir de l'hiver, du manque de gaz, des deuils, de la montée de tensions politiques dictatoriales, etc., etc.
Maintenant, ce glacis devrait durer et les russes ne plieront sûrement pas face aux sanctions. L'Ukraine va s'effondrer économiquement, l'Otan ne pourra financer ce désastre et la poursuite du conflit. Plus tard, le conflit reprendra et l'Ukraine sera disloquée. Une grande partie formera un nouvel Etat : la Novorossie, en incluant bien plus que les territoires sous contrôle des insurgés actuellement.
L'Ukraine n'a plus aucun avenir et la famille Biden n'exploitera jamais le gaz de schiste dans le Donbass, ni n'en expulsera les populations, il faudra qu'elle se contente des prospections en Galicie, l'autre des deux régions supposées riches en cette ressource dans le pays.
L'Otan est embêté par ce cessez-le-feu et c'est pour cela que contradictoirement avec ce qui a été dit la veille par Porochenko qui parlait de 70% de troupes russes retirées l'Otan considère que le cessez-le-feu n'est pas respecté par les russes et les novorossiens, un comble quand on sait que ce cessez-le-feu a été poussé à la mise en place par Poutine dans le mépris défiant complet des occidentaux, mais justement c'est le cessez-le-feu lui-même qui est vécu comme un piège par l'Otan.
Qui plus est, ce sont les ukrainiens qui ne respectent pas le cessez-le-feu, ce qu'explique logiquement le fait que ce sont les ukrainiens qui récupèrent des territoires en plein cessez-le-feu pour revenir aux lignes d'avant la contre-offensive.
L'Otan ne recule devant rien. Les bataillons ukrainiens nommés Azov et Donbass sont spécifiquement nazis, ils en portent les insignes. Inattentifs, les journalistes en ont parfois laissé passer des photos dans leurs colonnes, avec d'inévitables réactions dans les parties réservées aux commentaires. Avec beaucoup de mauvaise foi théorique, on peut minimiser la présence nazie dans le gouvernement de Kiev. Nos médias et dirigeants ne s'en privent pas.
L'opinion, bien sûr, elle s'en fout, ça ne l'intéresse pas, ça l'assomme quand on en parle. Les gens n'ont plus de conscience politique, plus de sens de l'Histoire, plus de sentiment du danger: il ne reste que la carrière et la consommation, toute la pensée du français aujourd'hui.

Ce cessez-le-feu a permis aussi à la Russie de ne pas voir s'aggraver des sanctions contre elle, car bien sûr qu'elle s'en inquiète, mais il est ahurissant de voir les européens ne point s'en alarmer. Nous ne sommes pas dans une situation économique florissante qui nous permette de supporter la réplique des mesures de rétorsion de la part de la Russie. Ce cessez-le-feu a aussi l'intérêt de calmer les rencontres lors des sommets. Pour des raisons psychologiques sommaires, nos dirigeants peuvent si vite prendre des décisions irrévocables dans ces hauts moments d'ébullition, où l'Otan n'investit aucune dimension de sagesse et de reprise intellectuelle.
Enfin bref, si depuis 45, vous avez cru que cela n'était plus possible, ben si!, vous pouvez être un parfait collabo en soutenant la politique de Kiev. Cela semble faire rêver bien des occidentaux.
Qu'ils ne se réjouissent pas trop vite. Certes, l'Otan et les ukrainiens vont déployer leur énergie tactique pour contrer la logique du cessez-le-feu, mais il est déjà clair que les ukrainiens ont tout perdu, et le combat des russes et des novorossiens est vraiment loin d'être désespéré.
Merde aux américains ! Ils ont osé le dire et on les sanctionne parce qu'ils sont des non alignés, voilà toute la sordide vérité, pendant que quantité de pays dans le monde souffrent le chaos amer laissé par les interventions américaines. On aurait pu imaginer les Etats-Unis en nouvelle Rome, en justiciers du monde qui passent outre au droit, mais qui règlent après tout cyniquement les problèmes de stabilité et de démocratie dans le monde. Mais, même sur un tel plan d'analyse, où sont les résultats ?
Le traité transatlantique, cela justifiera des procès du genre du cigarettier Philip Morris à l'encontre de l'Uruguay et de sa politique de santé publique. Les grosses entreprises feront en fonction de leurs intérêts des procès aux différents Etats, contre les populations, et les amendes à payer par les Etats seront plus élevées que le dérisoire espoir de gain chiffré (0,03% du PIB selon mon souvenir) qui a été évalué par les optimistes du traité transatlantique, lesquels n'ont bien sûr pas pris en considération que comme d'habitude les anglo-saxons exploiteront mieux que nous et à notre détriment les ficelles du système. Il faut bien se pénétrer de l'idée que les procès ne seront plus contrôlés par des juristes, mais par des chefs d'entreprise et des représentants d'Etat.
Certes, la solution d'Etienne Chouard est stupide, mais une double confiscation de la démocratie et du mode de gouvernement représentatif est en cours, et notre avenir au vingt-et-unième siècle s'annonce particulièrement sombre. Les avertisseurs ne manquent pas et les contradictions vont finir par éclater, et ça fera très mal aux générations qui vont suivre... Les politiques internationales d'Etats voyous qui se mettent en place dans l'indifférence générale puent à plein nez.
Peut-être devrais-je mettre à profit mes connaissances littéraires pour me lancer dans la compétition romanesque avec Hugo. Peut-être convient-il d'écrire un poème en alexandrins du genre Le Forgeron d'Arthur Rimbaud. Pour ce qui est du vers, je crois que la compétition est rendue difficile par la médiocrité de l'enseignement scolaire au vingtième siècle. La relative compétition au plan romanesque n'est peut-être pas désespérée. Je vais essayer de voir ce que je peux faire. Quel malheur que nous n'étudions que des extraits courts pour commentaires composés et jamais un chapitre entier ou l'unité de plusieurs pages d'un roman ! Quel malheur que l'enseignement rhétorique se soit perdu ! Quel malheur que nous ne jouissions plus d'exercices d'écriture constants ! Quel malheur que le recul de la méthode syllabique pour apprendre à lire ! Quelle plaie que les méthodes globales et semi-globales! Quelle folie que l'enseignement de tout un jargon et de notions anachroniques : schéma narratif, schéma actanciel, etc. Quel malheur d'avoir perdu l'enseignement par coeur ! Quel malheur que l'enseignement de la grammaire ait perdu le sens du bon usage, de la maîtrise des particularités au profit d'un enseignement modernisé maladroit et contre-intuitif de bases grammaticales limitées à deux, trois centres d'intérêt scolaire auxquels on s'accroche inefficacement comme à un rocher. Quel malheur de négliger la pratique au profit d'un compte rendu analytique qui n'est pas à la portée de jeunes sans expérience, sans grande familiarisation avec l'écriture ! Bref, le pire est à venir. Tous les enfants passent par l'école, quelle horreur pour le futur!
Une bonne remise en cause du monde ambiant par de la littérature du dix-neuvième siècle, c'est bien pourtant ce qu'il nous faut!

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